Pourquoi je reverse 2 % des bénéfices de Pwablo à Team for the Planet plutôt qu'à la compensation carbone, et des repères concrets pour agir à son échelle.
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Pourquoi je reverse 2 % de mes bénéfices à Team for the Planet

10 min 21 juil. 2026

En bref

Pourquoi je reverse 2 % des bénéfices de Pwablo à Team for the Planet plutôt qu'à la compensation carbone, et des repères concrets pour agir à son échelle.

Le 24 juin 2026, le thermomètre a atteint 35,1 °C à Uccle : le 24 juin le plus chaud en Belgique depuis le début des relevés en 18331,2. Dès le début d’après-midi, le précédent record de 32,8 °C, établi le même jour en 1976, était déjà dépassé2. Les canicules ne relèvent plus d’anomalies lointaines : elles s’inscrivent désormais dans le calendrier belge.

Warming stripes de la Belgique : une bande verticale colorée par année, de 1850 à 2025, du bleu des années fraîches au rouge sombre des années récentes.

Écart de température annuel en Belgique, 1850-2025. Chaque bande est une année. Graphique : Ed Hawkins (University of Reading),

#ShowYourStripes

, licence

CC BY 4.0

.

Et la température n’est que la première maille d’une chaîne plus large. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) documente des conséquences qui dépassent largement la météo : santé, agriculture, biodiversité, ressources disponibles. Dans les régions les plus exposées, ces fragilités peuvent aussi accentuer des tensions déjà présentes, notamment autour de l’eau, des terres cultivables ou des déplacements de population. Ces effets sont inégalement répartis et touchent d’abord, bien souvent, des régions et des populations qui ont le moins contribué au problème9. Des ateliers comme la Fresque du Climat aident à se représenter cette chaîne de causalité.

Face à ce constat, une question se pose rapidement : comment agir, même modestement, à son échelle ?

Je ne prétends pas y apporter une réponse complète. Mais, à travers Pwablo, j’essaie d’inscrire certains choix dans une démarche cohérente avec la direction que je souhaite donner à cette activité : un numérique plus responsable et plus sobre. Parmi ces choix figure le reversement, depuis un an et demi, de 2 % des bénéfices nets à Team for the Planet, une société qui finance des innovations climatiques puis libère leurs brevets afin d’en accélérer la diffusion.

L’idée est simple : contribuer à des solutions ouvertes et vérifiables, plutôt qu’acheter une promesse de neutralité carbone difficile à contrôler.

Le modèle Team for the Planet

Team for the Planet prend le problème autrement. Ce n’est pas une association : c’est une société à mission, structurée en société en commandite par actions (SCA), fondée à Lyon en 2019, qui collecte de l’épargne citoyenne pour investir dans des solutions climatiques.

Ce statut n’est pas un détail. Les actionnaires ne perçoivent pas de dividendes financiers classiques. Les statuts fixent une condition volontairement radicale : les dividendes ne seraient distribuables que si le réchauffement climatique revenait à son niveau préindustriel4. En attendant, l’indicateur suivi est le « dividende climat » : les tonnes de CO₂ évitées grâce aux innovations financées5.

Au-delà du discours, c’est surtout le fonctionnement concret qui a guidé ma décision. Trois éléments en particulier :

  • 1 action = 1 € investi. Pas de valorisation spéculative à l’entrée. Le modèle rend la participation lisible : une action, un euro. Pour un indépendant ou une petite structure, cette simplicité compte.
  • Sélection scientifique. Les innovations candidates sont évaluées par un comité scientifique. L’objectif n’est pas de financer l’idée la plus séduisante sur le papier, mais celle qui combine potentiel climatique, faisabilité technique et capacité de déploiement.
  • Brevets libérés. Les innovations financées sont destinées à être rendues accessibles sous licence ouverte. L’objectif est explicite dans les statuts : diffuser rapidement les solutions utiles, plutôt que verrouiller leur propriété intellectuelle.

Cette logique rejoint la démarche du numérique responsable : moins de promesses abstraites, plus de choses vérifiables et réutilisables.

Ce que ces 2 % financent

Les principes comptent, mais ils doivent pouvoir se vérifier concrètement. Team for the Planet publie une fiche par innovation financée, avec le montant investi et la date d’entrée au capital. Trois projets illustrent l’approche.

Beyond the Sea : porté par le navigateur Yves Parlier depuis La Teste-de-Buch. Le principe : installer des voiles de traction autonomes, comme des kites géants, sur des navires de marine marchande pour réduire leur consommation de carburant. Le transport maritime reste un secteur difficile à décarboner ; à cette échelle, une solution réplicable mérite d’être évaluée sérieusement6.

Vue d'artiste d'un navire marchand tracté par une aile SeaKite de Beyond the Sea.

Un navire marchand tracté par une aile SeaKite. Visuel :

Team for the Planet

.

Cool Roof : une peinture réfléchissante incorporant de la poudre de coquilles d’huîtres recyclées, appliquée sur les toits pour réduire la température intérieure des bâtiments7. Lors des épisodes de forte chaleur, l’intérêt devient très concret : éviter une partie du recours à la climatisation peut avoir un effet direct, local et mesurable.

Un applicateur en combinaison blanche pulvérise le revêtement réfléchissant sur un toit en ville.

Application du revêtement réfléchissant sur une toiture. Photo :

Cool Roof France

, via

Bretagne Économique

.

Monomeris : anciennement Crymirotech, le projet travaille sur le recyclage chimique de déchets plastiques complexes, y compris mélangés ou contaminés8. Le principe : revenir aux monomères, c’est-à-dire aux briques chimiques de base, pour produire de nouveaux matériaux sans repartir uniquement de ressources fossiles.

Vue d'artiste des unités de recyclage Monomeris, des conteneurs alignés dans un entrepôt.

Les unités de recyclage Monomeris, conçues comme des conteneurs. Visuel :

Team for the Planet

.

Ces projets n’ont pas tous le même niveau de maturité. C’est normal. Team for the Planet finance de l’innovation, pas des garanties de résultat. La différence avec la compensation carbone tient justement là : on ne prétend pas effacer une émission passée. On investit dans une capacité future à éviter des émissions.

Un choix de structure, pas de circonstance

Reste la question de l’échelle. Pwablo est une activité complémentaire, centrée sur l’écoconception web et le développement d’apps sur mesure pour les organsisations à mission, à côté d’un emploi salarié. Les 2 % portent sur les bénéfices nets de cette activité : c’est modeste, mais l’engagement est reconduit chaque année et indexé sur l’activité réelle.

Cette contribution ne rend évidemment pas Pwablo irréprochable : un studio numérique consomme de l’électricité et s’appuie parfois sur l’IA. Mais elle fixe une direction : réduire ce qui peut l’être, mesurer mieux, et contribuer là où l’effet collectif dépasse sa propre échelle.

Les autres piliers : par où commencer ?

Bien sûr, la technologie ne résoudra pas tout. Le GIEC rappelle que les réponses efficaces combinent changements individuels, transformations collectives et choix d’investissement9 : l’innovation n’est qu’un pilier parmi d’autres.

Pour actionner ces piliers sans se perdre dans une liste infinie de gestes, une distinction structure les repères ci-dessous. D’un côté, l’empreinte, ce que mesurent les calculateurs carbone. De l’autre, l’« ombre climatique » (Emma Pattee, 2021) : l’influence que les chiffres captent mal, le métier, l’argent, la voix. Le concept a ses limites ; il complète l’empreinte sans la remplacer.

Le pari des 2 %

Des innovations bien sélectionnées, financées patiemment et rendues accessibles peuvent accélérer des transitions que le marché seul ne produirait pas assez vite. C’est le pari de Team for the Planet, et c’est aussi celui que je fais à l’échelle de Pwablo.

Ces deux pour cent ne changeront pas le monde à eux seuls. Mais ils inscrivent une contribution dans la durée. Plus de cent trente mille associés font le même choix, chacun à son échelle10. Une brique isolée reste modeste. Assemblées, elles peuvent finir par porter quelque chose de plus grand.

Plus d’informations sur team-planet.com. Et si une innovation climat dort dans vos cartons : le concours 1 million for the Planet vient d’être lancé, avec au moins un million d’euros d’investissement à la clé pour le.s lauréat.s10.


Sources 10

[1] Vivian, I. (2026).

Hottest 24 June in Belgium since records began

. The Brussels Times, 24 juin 2026.

[2] VRT NWS (2026).

Chaleur : le record du 24 juin, qui datait de 1976, battu à Uccle avec 35,1 °C dans l’après-midi

. 24 juin 2026.

[3] West, T. A. P. et al. (2023).

Action needed to make carbon offsets from forest conservation work for climate change mitigation

. Science, 381(6660), 873-877.

[4] Team for the Planet.

Gouvernance de la société

. Statuts, raison d’être et fonctionnement de la SCA. Consulté en juillet 2026.

[5] Vert.eco (2024).

Team for the Planet, la communauté de 120 000 associés qui accélère l’innovation pour la sobriété

. 30 janvier 2024.

[6] Beyond the Sea.

Site officiel

. Voiles de traction pour la marine marchande. Consulté en juillet 2026.

[7] Team for the Planet.

Fiche innovation Cool Roof France

. Consulté en juillet 2026.

[8] Team for the Planet.

Fiche innovation Monomeris (ex-Crymirotech)

. Consulté en juillet 2026.

[9] IPCC (2023).

AR6 Synthesis Report: Climate Change 2023

. Rapport de synthèse du sixième cycle d’évaluation.

[10] Team for the Planet (2026).

Team for the Planet lance un appel à innovation mondial

. Communiqué de presse, 29 juin 2026.

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