Pourquoi je reverse 2 % de mes bénéfices à Team for the Planet
En bref
Pourquoi je reverse 2 % des bénéfices de Pwablo à Team for the Planet plutôt qu'à la compensation carbone, et des repères concrets pour agir à son échelle.
Le 24 juin 2026, le thermomètre a atteint 35,1 °C à Uccle : le 24 juin le plus chaud en Belgique depuis le début des relevés en 18331,2. Dès le début d’après-midi, le précédent record de 32,8 °C, établi le même jour en 1976, était déjà dépassé2. Les canicules ne relèvent plus d’anomalies lointaines : elles s’inscrivent désormais dans le calendrier belge.

Et la température n’est que la première maille d’une chaîne plus large. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) documente des conséquences qui dépassent largement la météo : santé, agriculture, biodiversité, ressources disponibles. Dans les régions les plus exposées, ces fragilités peuvent aussi accentuer des tensions déjà présentes, notamment autour de l’eau, des terres cultivables ou des déplacements de population. Ces effets sont inégalement répartis et touchent d’abord, bien souvent, des régions et des populations qui ont le moins contribué au problème9. Des ateliers comme la Fresque du Climat aident à se représenter cette chaîne de causalité.
Face à ce constat, une question se pose rapidement : comment agir, même modestement, à son échelle ?
Je ne prétends pas y apporter une réponse complète. Mais, à travers Pwablo, j’essaie d’inscrire certains choix dans une démarche cohérente avec la direction que je souhaite donner à cette activité : un numérique plus responsable et plus sobre. Parmi ces choix figure le reversement, depuis un an et demi, de 2 % des bénéfices nets à Team for the Planet, une société qui finance des innovations climatiques dont les porteurs s’engagent à en ouvrir l’usage sous licence libre, afin d’en accélérer la diffusion.
L’idée est simple : contribuer à des solutions ouvertes et vérifiables, plutôt qu’acheter une promesse de neutralité carbone difficile à contrôler.
Le modèle Team for the Planet
Team for the Planet prend le problème autrement. Ce n’est pas une association : c’est une société à mission, structurée en société en commandite par actions (SCA), fondée à Lyon en 2019, qui collecte de l’épargne citoyenne pour investir dans des solutions climatiques.
Ce statut n’est pas un détail. Les actionnaires ne perçoivent pas de dividendes financiers classiques. Les statuts fixent une condition volontairement radicale : les dividendes ne seraient distribuables que si le réchauffement climatique revenait à son niveau préindustriel4. En attendant, l’indicateur suivi est le « dividende climat » : les tonnes de CO₂ évitées grâce aux innovations financées5.
Au-delà du discours, c’est surtout le fonctionnement concret qui a guidé ma décision. Trois éléments en particulier :
- 1 action = 1 € investi. Pas de valorisation spéculative à l’entrée. Le modèle rend la participation lisible : une action, un euro. Pour un indépendant ou une petite structure, cette simplicité compte.
- Sélection scientifique. Les innovations candidates sont évaluées par un comité scientifique. L’objectif n’est pas de financer l’idée la plus séduisante sur le papier, mais celle qui combine potentiel climatique, faisabilité technique et capacité de déploiement.
- Usage ouvert sous licence libre. Les porteurs des innovations financées s’engagent à en rendre l’usage accessible sous licence libre. Le brevet peut continuer à protéger l’innovation, mais un contrat en ouvre l’usage pour accélérer le déploiement, plutôt que verrouiller la propriété intellectuelle.
C’est le même réflexe que dans le logiciel open source, dont le code est public et librement réutilisable : on fait davantage confiance à une solution qu’on peut inspecter qu’à une promesse qu’il faut croire sur parole.
Ce que ces 2 % financent
Les principes comptent, mais ils doivent pouvoir se vérifier concrètement. Team for the Planet publie une fiche par innovation financée, avec le montant investi et la date d’entrée au capital. Trois projets illustrent l’approche.
Beyond the Sea : porté par le navigateur Yves Parlier depuis La Teste-de-Buch. Le principe : installer des voiles de traction autonomes, comme des kites géants, sur des navires de marine marchande pour réduire leur consommation de carburant. Le transport maritime reste un secteur difficile à décarboner ; à cette échelle, une solution réplicable mérite d’être évaluée sérieusement6.

Un navire marchand tracté par une aile SeaKite. Visuel :
Team for the Planet
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Cool Roof : une peinture réfléchissante incorporant de la poudre de coquilles d’huîtres recyclées, appliquée sur les toits pour réduire la température intérieure des bâtiments7. Lors des épisodes de forte chaleur, l’intérêt devient très concret : éviter une partie du recours à la climatisation peut avoir un effet direct, local et mesurable.

Application du revêtement réfléchissant sur une toiture. Photo :
Cool Roof France
, via
Bretagne Économique
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Monomeris : anciennement Crymirotech, le projet travaille sur le recyclage chimique de déchets plastiques complexes, y compris mélangés ou contaminés8. Le principe : revenir aux monomères, c’est-à-dire aux briques chimiques de base, pour produire de nouveaux matériaux sans repartir uniquement de ressources fossiles.

Les unités de recyclage Monomeris, conçues comme des conteneurs. Visuel :
Team for the Planet
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Ces projets n’ont pas tous le même niveau de maturité. C’est normal. Team for the Planet finance de l’innovation, pas des garanties de résultat. Une différence essentielle avec la compensation carbone tient à la nature de la revendication : cet investissement n’est pas présenté comme l’annulation d’une émission passée, mais comme une contribution au développement de solutions susceptibles d’en éviter ailleurs, et à l’avenir.
Un choix de structure, pas de circonstance
Reste la question de l’échelle. Pwablo est une activité complémentaire que je mène parallèlement à mon emploi salarié. J’y accompagne les organisations à mission dans l’écoconception web, le développement d’applications sur mesure, l’automatisation de processus et la sensibilisation au numérique responsable.
Les 2 % portent sur les bénéfices nets de cette activité. Le montant reste modeste, mais l’engagement est reconduit chaque année et évolue avec les bénéfices effectivement générés. Concrètement, il prend la forme d’un investissement en actions à finalité climatique, non d’un don.
Cette contribution ne rend évidemment pas Pwablo irréprochable et ne compense pas les impacts liés à son activité. Elle inscrit simplement un engagement dans la durée, en complément des pratiques du numérique responsable menées au sein des projets.
Les autres piliers : par où commencer ?
Bien sûr, la technologie ne résoudra pas tout. Le GIEC rappelle que les réponses efficaces combinent changements individuels, transformations collectives et choix d’investissement9 : l’innovation n’est qu’un pilier parmi d’autres.
Pour actionner ces piliers sans se perdre dans une liste infinie de gestes, une distinction structure les repères ci-dessous. D’un côté, l’empreinte, ce que mesurent les calculateurs carbone. De l’autre, l’« ombre climatique » (Emma Pattee, 2021) : l’influence que les chiffres captent mal, le métier, l’argent, la voix. Le concept a ses limites ; il complète l’empreinte sans la remplacer.
Le pari des 2 %
Des innovations bien sélectionnées, financées patiemment et rendues accessibles peuvent accélérer des transitions que le marché seul ne produirait pas assez vite. C’est le pari de Team for the Planet, et c’est aussi celui que je fais à l’échelle de Pwablo.
Ces deux pour cent ne changeront pas le monde à eux seuls. Mais ils inscrivent une contribution dans la durée. Plus de cent trente mille associés font le même choix, chacun à son échelle10. Une brique isolée reste modeste. Assemblées, elles peuvent finir par porter quelque chose de plus grand.
Plus d’informations sur team-planet.com. Et si une innovation climat dort dans vos cartons : le concours 1 million for the Planet vient d’être lancé, avec un million d’euros d’investissement en capital à la clé pour chacun des trois projets lauréats10.